La carte proposée ci-dessous s’inscrit dans le cadre du programme de terminale (Thème 1 – Mers et océans : au cœur de la mondialisation – étude de cas) mais aussi dans le thème 1 de la spécialité terminale (Objet de travail conclusif – La Chine : à la conquête de l’espace, des mers et des océans). 

Une deuxième partie prend comme exemple la poldérisation de Fiery Cross

 

 

Quelles tensions économiques et géostratégiques se nouent en Chine méridionale ? Quels sont les enjeux ?
Comment expliquer l’attitude agressive de la Chine ?

La montée en puissance économique du pays depuis le déclenchement des réformes et de l’ouverture voulues par Deng Xiaoping au début des années 1980 s’est appuyée en très grande partie sur le développement de sa façade littorale : le pays s’est tourné vers les éco­nomies libérales de sa périphérie (Japon, Hong Kong, Taïwan, Corée du Sud, Singa­pour, les diasporas chinoises d’Asie du Sud-Est…); De plus elle a attiré les capitaux américains et européens vers ses grands ports ouverts de l’Est, exportant ses produits par voie maritime. Le meilleur exemple est Shanghai : longtemps négligée par les communistes chinois, la cité est aujourd’hui le plus grand port du monde.

À cela s’ajoutent les priorités de sécurité nationale de la Chine, dont les frontières maritimes sont contestées par ses voisins. Les Chinois se sentent vulnérables depuis les invasions qu’ils ont subi au XIXème et XXème siècles (les Guerres de l’Opium ont ouvert la Chine aux ambitions européennes, japonaise et américaine). Ainsi, la prise de Taïwan assurerait à Pékin à la fois la crédibilité de sa dissuasion à la mer, mais aussi sa supériorité stratégique. Par conséquent, la « prise » par la force de l’île n’est pas exclue. Dans son discours de début d’année en 2019, Xi Jinping le rappelait. 

La République populaire de Chine est enclavée, car bordée par une première ligne d’îles et d’archipels ne lui appartenant pas et pouvant être d’importants écueils à toute ambition maritime de sa part.

Quelle est la vision géopolitique des dirigeants de Chine populaire ?

L’île de Taiwan est au cœur de ce que les stratèges chinois conçoivent comme une double chaîne d’îles, qui défi­nit selon eux l’environnement de sécurité maritime du pays :

  • La première chaîne enserre le continent asiatique tout au long de son flanc oriental, du  nord-est au sud-ouest, des îles Kouriles jusqu’à Bornéo. La marine chinoise continue d’éprouver des difficultés à franchir la première chaîne d’îles pour opérer dans l’océan Paci­fique, à l’intérieur de la deuxième chaîne d’îles des îles japonaises d’Ogasawara aux Mariannes.
  • Cette contrainte est particulièrement pesante pour le déve­loppement de la dis­suasion nucléaire du pays car les sous-marins ont besoin d’eaux très profondes pour se cacher, et au sein de la première chaîne d’îles, seuls quelques endroits de la mer de Chine offrent des conditions propices. Dans la stratégie chinoise, l’île de Taïwan est un verrou stratégique pour une sortie discrète de ses sous-marins nucléaires. La mer de Chine méridionale n’est pas assez profonde et trop « fermée » par des détroits surveillés et étroits.

La question des frontières maritimes

 

La Chine se dispute la souveraineté avec le Japon en Mer de Chine orientale et, avec le Vietnam, les Phi­lippines, Brunei, la Malaisie et l’Indonésie en mer de Chine méridionale. Le gouvernement taïwanais hérité de la République de Chine défend les mêmes reven­dications que Pékin sans toutefois être un acteur essen­tiel des conflits maritimes de l’Asie orientale. La question de Taïwan reste toutefois en arrière-plan.

a – La mer de Chine orientale

Deux disputes de souveraineté opposent la Chine et le Japon : la pos­session des îlots nommés Diaoyu par les Chinois et Senkaku par le Japon – et aujourd’hui administrés par Tokyo – et la délimitation de la frontière maritime entre les deux pays en mer de Chine orientale. Ces deux conflits sont liés, puisque de la souveraineté des îles Diaoyu et Senkaku dépendra en partie la démar­cation finale de la frontière maritime. Longtemps en sommeil alors qu’ils renvoient à l’histoire tragique des guerres d’agression du Japon contre la Chine au XIXème et XXème siècles, les deux disputes se sont réveillées…

b – La mer de Chine méridionale

La mer de Chine méridionale est le lieu depuis le début des années 2010 de graves tensions sécuritaires qui opposent notamment la Chine aux Etats-Unis, au Vietnam et aux Philippines.

La République populaire de Chine et Taiwan avaient délimité en 1948 leurs revendica­tions de souveraineté en mer de Chine du Sud par un tracé en onze traits devenu « ligne en neuf traits » puis en 10 traits (incluant Taïwan). Ces lignes délimitent une zone maritime qui occupe plus de 80 % du bassin océanique et attribue des ZEE à tous les archipels revendiqués par la Chine et empiète même sur les ZEE des pays voisins : les Philippines, Brunei et la Malaisie.

Faute de protestation, la Chine considère tacitement la recon­naissance de leur souveraineté sur ces îles.

La Chine comme pour le Vietnam se justifie en stipulant qu’elle aurait découvert depuis plu­sieurs siècles ces archipels et qu’elle dis­pose donc de droits historiques lui permettant d’affirmer sa souveraineté sur ces îles. La RPC n’a eu de cesse de réaffirmer ses droits historiques sur ces archipels, alors inhabi­tés, La convention de Montego Bay (1982) que la Chine a ratifié en 1991 n’y change rien puisqu’elle considère que ces archipels lui appartiennent.

Elle enrobe quatre groupes de ter­ritoires :

  • les îles Paracels, que la Chine a conquises au Sud-Vietnam en 1974 ;
  • les îles Spratleys, occupées par cinq pays qui y ont poldérisé en raison de leur très petite taille (la plus grande, ltu Aba, a une super­ficie de 46 hectares) ;
  • les îles Pratas, occupées par Taïwan
  • le récif de Scarborough, revendiqué par les Philippines et contrôlé par la marine et les gardes­ côtes chinois depuis 2012.

La stratégie de Pékin : démontrer sa force

Ces territoires disputés en mer de Chine du Sud sont devenus une priorité pour Pékin ; la Chine a ainsi durcit sa politique. La marine chinoise a procédé à plusieurs reprises à des exercices militaires de très grande envergure dans les zones disputées, y envoyant même le porte-avions Liaoning et son escorte de protection. En effet la flotte militaire chinoise qui s’est beaucoup développée depuis 2008 s’inscrit comme la suite logique de l’essor de la puissance économique de la Chine, mais également comme un des volets de la stratégie de Pékin, à savoir démontrer sa force pour impressionner ses rivaux. A sa flotte traditionnelle s’ajoutent des sous-­marins d’attaque classiques et nucléaires dont plusieurs sont basés à Sanya (Ile de Hainan). Elle dispose aussi de nombreux véhicules amphibies, fort utiles pour les opérations de débarquement

Pour devenir une flotte d’envergure mondiale, il lui fallait aussi se doter d’un porte-avion. Après avoir acquis un ancien navire ukrainien, le Varyag, elle l’a remis à neuf, rebaptisé Liaoning avant de le mettre en service en 2012. Elle vient d’achever la construction de son propre porte-aéronefs, le Shandong, d’un type comparable au Liaoning. À moyen terme, la marine chinoise pourrait donc disposer au total de 6 ou 7 porte-avions. Seuls les Etats-Unis pourront alors s’opposer à elle.

Malgré ces avancées considérables ces dernières années, la Chine s’est jusqu’à présent interdit d’utiliser la force pour conquérir des îles occupées par ses rivaux. Pour l’instant, Pékin se contente d’actions civiles à cet endroit : colonisation, tourisme, patrouilles de garde-côtes. En n’utilisant que des moyens civils, les autorités chinoises pourraient taxer tout accrochage avec une armée étrangère d’agression militaire. Mais de plus en plus, des opérations d’intimidation menées par des milices sont dénoncées par les pêcheurs étrangers notamment Malaisiens.

Derrière ces considérations géostratégiques, se posent implicitement la question des ressources halieutiques et le problème du contrôle des routes maritimes.

 

Des ressources économiques diversifiées et convoitées

La mer de Chine méridionale a suggéré à quelques historiens l’idée d’une « Méditerranée asiatique », limitée au nord par l’île de Taïwan et au sud par le monde malais.

D’abord la sécurité ali­mentaire apparaît aujourd’hui importante. L’un expliquant l’autre, l’Asie-Pacifique fixe en effet à la fois le principal foyer mondial de population et l’essentiel des ressources halieutiques : 70 % des pêcheurs de la planète s’activent en effet en Asie du Sud-Est et en Chine, qui domine la production mondiale, suivie par l’Indonésie et les autres pays de l’Asie du Sud-Est – ce qui contribue bien sûr à alimenter les tensions entre pêcheurs.

L’extraction du pétrole offshore apparaît également comme une source de conflits. Pour importante qu’elle soit, la produc­tion d’hydrocarbures semble cependant très relative même si les réserves sont prometteuses.

C’est surtout la circulation des hydrocarbures qui constitue l’enjeu principal : l’une des grandes routes maritimes de la planète traverse en effet l’Asie du Sud-­Est ; avec plus de 50 000 navires par an, Singapour et le détroit de Malacca voient passer 20 à 25 % du transport maritime mon­dial, constitués pour moitié de pétrole, soit quelque 11 millions de barils, qui alimentent la croissance asiatique.

Autre point important, le détroit de Malacca, nœud vital de com­munication dont dépend l’économie de la Chine, considéré par l’ancien Premier ministre Hu Jintao comme le centre de gravité économique du pays, se situe hors de sa portée. II en résulte un sentiment d’urgence et une volonté d’étendre sa zone d’in­fluence maritime et de contrôler autant que possible les voies maritimes dont elle dépend.

De plus la Chine appa­raît de plus en plus « énergétivore » (16 % de la consommation mondiale) : en 2005, 20 % de son approvisionnement énergé­tique empruntaient ces voies maritimes, mais deux fois plus dix ans plus tard (plus de 40 % en 2015), coiffant les économies du Japon et de Corée du Sud, pourtant très dépendantes de leur approvisionnement.

Compte tenu de la masse de produits inflammables qui tran­sitent dans le détroit de Malacca et de la proximité de foyers terroristes, et des pratiques de piraterie qui vont avec, les enjeux de sécurité demeurent préoccupants, mais ils s’effacent derrière les problèmes politiques de souveraineté, d’appropriation et de frontières, qui restent dominants. Le cas des îles Spratleys en est un parfait exemple.

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