Par définition, toutes les cartes sont fausses, car il est impossible de représenter avec exactitude la surface d’une sphère (en trois dimensions) sur un plan (en deux dimensions). Toute carte est donc une représentation déformée de la réalité et le choix du cartographe est ainsi fondamental… Dans le cadre de nos enseignements, il me semble indispensable d’apprendre à nos élèves, la lecture des cartes et leur critique. A ce titre, plusieurs applications ont été mises au point ces derniers mois.
L’Université de Berne a mis au point deux applications : Worldmapcreator et World Map Generator ; la première est centrée sur le travail des projections, la deuxième, plus ludique, permet d’organiser un voyage touristique ou de rédiger un article en choisissant sa projection. Les deux applications peuvent être utilisées en classe.
Worldmapcreator
Le tutoriel proposé est en anglais ; aussi j’ai réalisé un tutoriel en français afin de vous permettre de vous familiariser avec cette application en ligne, facile d’accès et très intuitive.
World Map Generator
On peut utiliser cette application en ligne, ergonomique et très intuitive en classe au collège comme au lycée.

- Da Vinci : il s’agit de créer une carte en choisissant un centre géographique et une projection (première étape) ; vous habillez ensuite votre carte (graticule ou ligne, terre, océans, pays en leur affectant des couleurs voire des motifs et (ou) des contours) avant de la télécharger ou de la partager (voir figures ci-dessous).

- Journaliste : il s’agit d’écrire un article de journal en lui insérant une carte.
- Touriste : l’objectif est de créer un voyage à partir d’une carte
Quelques pistes de séances pédagogiques
Travailler sur les projections est un exercice difficile notamment pour nos plus jeunes élèves. Aussi une approche familière et concrète m’apparaît indispensable ; lorsque nous proposons des cartes à nos élèves, il ne faut pas hésiter à changer les projections sans chercher forcément en analyser les caractéristiques sauf peut-être pour les élèves de fin de cycle 4 et du lycée. On peut ensuite proposer quelques exercices simples :
1 – La comparaison de deux projections
On peut comparer deux projections comme par exemple les projections de Mercator (1569) et de Peeters (1970) ; la première privilégie les distances entre les continents au détriment des surfaces. Plus on se rapproche des pôles, plus les surfaces augmentent et plus on s’approche de l’équateur, plus la surface diminue.
Prenons l’exemple de l’Afrique et du Groenland. L’Afrique a une superficie de 30,37 millions km² et le Groenland une superficie de 2,166 millions km² . Or sur une carte qui utilise la projection de Mercator, le Groenland a la même superficie que l’Afrique. Il faut noter que la carte de Mercator est utilisée par la CIA et par Google (voir l’article ci dessous sur Google Maps)
Pour rendre la démonstration plus ludique, vous pouvez utiliser l’application en ligne Thetruesize (voir figures ci-dessous) ou regarder la vidéo « toutes les cartes sont fausses » de Vox qui présente les projections de façon très ludique (vous pouvez utiliser les sous-titres en français en cliquant sur paramètres puis sous-titres)


2 – La projection est déterminée par le choix du cartographe
On compare deux projections dans un cadre historique comme la Guerre froide. La superficie des États-Unis d’Amérique est de 9,834 millions km², celle de l’URSS, 22,4 millions km². Avec la projection de Mercator, le rapport entre les deux est faux comme le montre le document ci-dessous.
Pourquoi pendant la Guerre froide, les services américains et soviétiques ont-ils choisi comme projection favorite, la projection de Mercator ? Cela permettait de grossir la surface de l’URSS ; pour les premiers cela permettait de montrer qu’une URSS surdimensionnée était une menace pour le camp occidental ; pour les seconds, cela permettait d’affirmer leur puissance (à une période où la surface était encore un facteur décisif de puissance.)
La projection de Mercator conserve les angles et permet de tracer une route en mer sans changement de cap. Ce qui est très pratique quand on navigue…à l’époque des grands navigateurs.
Afin d’appuyer votre démonstration, vous pouvez utiliser l’application Thetruesize ou le site de Jason Davies
Le cartographe qui souhaite se rapprocher de la réalité peut utiliser la projection de Bertin (1953) car cette projection respecte sans trop de distorsion les distances et les surfaces.
Pour aller plus loin
Afin de bien comprendre les enjeux des projections, quelques vidéos et articles intéressants :
- Une approche critique des projections (vidéo)
- Toutes les cartes sont fausses (vidéo)
- « Le dessous des cartes » explique les projections (vidéo)
- Pourquoi les cartes géographiques sont forcément (un peu) mensongères
- Quel planisphère de référence pour Google Maps ? (article de la revue Mappemonde de Laurent Jégou et Denis Eckert)
- Visionscarto (à la fin de l’article sur la projection de Bertin, d’autres pistes intéressantes)
- Une galerie de projections
- Visualiser les déformations cartographiques avec les indicatrices de Tissot
Quelques sites pédagogiques :
- Le site de Jason Davies : Des projections en interactivité
- Thetruesize : Excellent outil en ligne pour comprendre les failles des projections notamment la projection de Mercator : Cette application a été créé par James Talmage et Damon Maneice. Il a été inspiré par un épisode de The West Wing et une infographie de Kai Krause intitulé « la taille réelle de l’Afrique« .

