Pour réaliser la carte « La Chine sous Mao Zedong « , nous avons essayé de nous détacher d’une vision occidentale pour adopter autant que possible un point de vue chinois et notamment maoiste. Pour cela, nous nous sommes appuyés sur des travaux, certes occidentaux, mais réalisés déjà dans cette optique.

La question des sources

    Les sources sont parcellaires (sources officielles cloisonnées et souvent teintées de propagande) même si depuis les années 1980, « les sources (…) procèdent des grands changements engendrés par la politique officielle dite des 4 modernisations (…). La clef en a été l’adoption par le Comité central du PCC, en juin 1981, d’une interprétation de l’histoire de la Chine populaire qui, sous le préalable d’une approbation générale de Mao et du Parti, distinguait les bonnes et les mauvaises périodes ainsi que les succès et les erreurs (secondaires et tardives) (…). Par la suite, deux mutations de nature économique et sociale ont affecté la production historique. D’une part, le développement économique du pays et le relatif desserrement des contrôles sociaux ont permis l’apparition d’un lectorat plus diversifié et plus avide de distractions, dont une partie se montrait intéressée à l’évocation des souffrances du passé et à la redécouverte du vécu familial. D’autre part, l’ouverture progressive sur le monde a permis à un nombre croissant d’intellectuels et de responsables de prendre conscience du retard extraordinaire des sciences humaines et sociales chinoises sur celles des grands pays développés.« (1)

    D’autre part les données officielles chinoises portant notamment sur les dynamiques de croissance démographique nécessitent une certaine prudence d’analyse : « Il convient donc d’interpréter et d’utiliser les données statistiques sur la Chine avec une certaine circonspection. D’un point de vue qualitatif, il subsiste la question cruciale de la qualité des enquêtes, des méthodes et des formes de dépouillement des bureaux locaux de statistiques. Sans une connaissance approfondie de la société chinoise, il est parfois difficile, voire impossible, de s’y retrouver dans certaines statistiques officielles. Certains économistes chinois se livrent à des exercices de décryptage, en recoupant les données officielles avec les informations qu’ils ont eux-mêmes recueillies sur le terrain. Par ailleurs, le rythme de la croissance chinoise, l’évolution des institutions du pays, nécessite un appareil statistique réactif qui conduit à l’adoption fréquente de nouvelles définitions et de nouvelles règles et législations. L’analyse diachronique des données est donc à prendre avec certaines précautions. » (2)

   Une Chine repliée sur elle-même  (1949-1976)

    En gardant ces éléments à l’esprit, la recherche documentaire amène au constat que la Chine des années Mao peut être partagée en trois parties :

  • Une Chine littorale qu’il faut protéger des menaces extérieures notamment japonaises et occidentales, puis soviétiques à partir du début des années 1960 (3). Les autorités chinoises souhaitent ainsi limiter les échanges commerciaux. Seules quelques ports sont ouverts sur l’extérieur : Canton (et sa foire commerciale), Shanghaï dont les autorités politiques pékinoises se méfient (sans oublier la rivalité entre les deux métropoles) et Tianjin (que l’on peut considérer malgré la distance comme le port de Beijing) ; Quant aux autres ports, ils sont commercialement inexistants. A cette logique de fermeture, il faut se rappeler non seulement que la facade maritime a rarement eu la primauté dans les relations de la Chine avec l’étranger mais aussi que la menace étrangère est venue de la mer au XIXème siècle (les Guerres de l’opium notamment).
  • Une Chine des revanches ou Chine intérieure qui répond à la Chine littorale dans un vaste mouvement de rééquilibrage territorial : le développement industriel et urbain des villes de l’intérieur pour la plupart situées le long des grands fleuves (ou à proximité) et en Mandchourie, les symboles du maoisme (la longue marche et le village modèle de Dazhai).
  • Une Chine des minorités qu’il faut contrôler et intégrer : c’est un processus de colonisation qui avait débuté au XIXème siècle (sinisation des marges) et que Mao souhaite poursuivre en envoyant l’Armée populaire de libération sur le plateau tibétain et vers le Xinjiang et la Mongolie ; de plus Mao Zedong se méfie du voisin soviétique surtout à partir du début des années 1960, moment où l’URSS et la Chine entrent en conflit idéologique et politique.

La Chine sous Mao se sent menacée par les étrangers ; « Empire du milieu » par tradition et par idéologie, elle se referme sur ses frontières, les protège en revendiquant quelques territoires intérieurs. Ouverture, fermeture, deux notions clés. « L’ouverture est (…) un moyen d’attribuer une place à l’étranger, de le situer en dehors de soi, tout en le contrôlant. L’idée de telles enclaves se décline en outre à de multiples échelles : la concession (4) ou la zone économique (5), le quartier pour étrangers (4), le grand hôtel (6) ou l’immeuble moderne dont les accès sont filtrés par les autorités locales. (…) Une recherche sur les territoires ne peut se contenter d’un schéma spatial fondé sur les règles de centralité, distance et accessibilité, ni non plus d’une analyse des rugosités opposées – ou des facilités accordées – par l’espace aux hommes, à leurs genres de vie et à leur circulation (obstacles topographiques, contraintes des sols et des climats, axes fluviaux). Il lui faut aussi identifier le staut des territoires chinois et reconnaître leur fondamentale diversité. » (7). C’est ce que nous avons modestement entrepris en réalisant cette carte.

 

(1) – Jean-Luc Domenach, Xiaohong Xiao-Planes, Les nouvelles sources chinoises sur l’histoire politique de la « première Chine populaire » (1949-1976) : bilan provisoire ; Questions de recherche n°37, septembre 2011

(2) – Hervé Parmentier etSylviane Tabarly, La Chine entre espaces domestiques et espace mondial , Géoconfluences, 2010; http://La Chine entre espaces domestiques et espace mondial La Chine, des statistiques à la carte (aspects démographiques et socio-économiques). Application : le déséquilibre hommes / femmes

(3) – Après avoir fait appel aux capitaux et aux ingénieurs soviétiques et s’être inspiré de son modèle pendant les années 1950, une suite de désaccords entre communistes chinois et soviétiques aboutit à une rupture en juillet 1960. A partir de là, les autorités chinoises se sentent encerclées et referment leur territoire.
(4) – La Chine à la suite des guerres de l’opium.
(5) – Cette politique d’ouverture a été lancée par Deng Xiaoping à partir des années 1980
(6) – « Le grand hôtel, le temps des ouvertures chinoises de Thierry Sanjuan  ( Georges Cazes, Les grands hôtels en Asie : modernité, dynamiques urbaines et sociabilité, publication de la Sorbonne, 2016)
(7) – Sanjuan Thierry et Trolliet Pierre, La Chine et le monde chinois. Une géopolitique des territoires, Armand Collin, 2010

Quelques sources

Balme Stéphanie, La tentation de la Chine, Le Cavalier bleu, 2013, La tentation de la Chine, Le Cavalier bleu, 2013

Cabestan Jean-Pierre, Demain la Chine, démocratie ou dictature, Débat, Gallimard, 2018

Chancel Claude et Pielberg Eric-Charles, Atlas de la renaissance chinoise, Revue Conflits, hors-série n°8, automne 2018

Duchâtel Mathieu, Géopolitique de la Chine, Que sais-je ?, n° 4072, 2018

Fairbank John King, La grande révolution chinoise 1800-1989, Champs Histoire, 1997

Guiheux Gilles, La République populaire de Chine, Les Belles Lettres, 2018

Idier Nicolas, Shanghai, Histoire, promenades, anthologie et dictionnaire, Bouquins, Robert Laffont, 2010

Larivière Jean-Pierre, Géographie de la Chine, Armand Collin, 1999

Nazet Michel, La Chine et le monde au XXème siècle, Ellipses, Paris, 2012

Puel Catherine, Les 30 ans qui ont changé la Chine, 1980-2010, Buchet-Chastel, 2011

Revue l’Histoire, La Chine 1912-2012, d’un empire à l’autre, Les collections, octobre-décembre 2012

Revue Sciences Humaines, La grande histoire de la Chine, Les grands dossiers des Sciences Humaines, hors_série n°7, décembre 2018 – janvier 2019

Sanjuan Thierry et Trolliet Pierre, La Chine et le monde chinois. Une géopolitique des territoires, Armand Collin, 2010

Wang Alain, Les Chinois, Texto, Tallandier, Paris, 2018

 

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