Nourrir les Hommes - les enjeux d’une agriculture mondialisée.
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Nourrir les Hommes - les enjeux d’une agriculture mondialisée.

Jean-Christophe Fichet
mardi 28 octobre 2014

Nourrir les Hommes - Les enjeux d’une agriculture mondialisée.

Trois problématiques guident la question au programme de géographie de seconde.

-  Le premier axe s’organise autour d’une interrogation découlant des deux thèmes étudiés précédemment avec les élèves (l’augmentation de la population mondiale, abordée sur le thème introductif d’histoire et la nécessité de faire face à des besoins premiers, amenée par l’étude du concept de développement) : La Terre peut-elle nourrir une population de 9 milliards d’habitants en 2050 ?

« Les inégalités d’accès à la nourriture sont flagrantes à toutes les échelles. Ce sont les pays du Sud, notamment ceux de l’Afrique subsaharienne, qui souffrent le plus de la sous-alimentation ». [1]

Sur ce premier axe, la cartographie de la FAO permet de mettre en évidence les pays touchés par la sous-alimentation. [2]

Sur le site de la FAO, la cartographie interactive permet de visualiser cinq périodes chronologiques, depuis les années 1990. On mesure mieux les progrès accomplis en matière d’accès à la nourriture depuis quinze ans, en particulier pour l’Amérique latine et l’Asie.

-  Le deuxième axe de l ‘étude centre sur la question de la sécurité alimentaire :
La fiche Éduscol souligne : « il s’agit de fournir à tous une alimentation en quantité et qualité suffisantes ; pour cela, il est nécessaire de produire plus et de mieux répartir la production alimentaire entre les hommes. Les différents acteurs de l’agriculture (Etats, firmes multinationales, producteurs) n’ont pas les mêmes logiques face à cette nécessité. »

On entre ici au cœur des choix de mise en œuvre, au coeur de choix terminologiques qui posent l’engagement. La fiche énonce ainsi un constat :
« Les perspectives économiques et la croissance démographique expliquent une compétition sur les terres cultivables : des firmes internationales ou des États achètent des milliers d’hectares à l’étranger ».

« Compétition » sur les terres, la formulation n’est pas neutre, elle relève d’un registre qui suppose une capacité des acteurs concernés à connaître et accepter les modalités de cette compétition. Elle suppose aussi que l’objet même de la « compétition » puisse être acceptable.
La géographie radicale, tout comme les ONG engagées dans la défense de l’agriculture familiale, choisiront davantage la formulation tranchante d’ « accaparement des terres ».

« Qu’est-ce qu’un accaparement de terres ?
Acquisitions de terres à grande échelle
Une acquisition de terres à grande échelle peut être définie comme l’acquisition de toute surface de terres supérieure à 200 hectares (ha), ou deux fois la surface de la propriété médiane, selon le contexte national. Le chiffre de 200 ha est tiré de la définition fournie par la Coalition internationale pour l’accès à la terre de la notion « à grande échelle ». Non seulement 200 ha représentent dix fois la taille d’une petite exploitation type27, mais, selon le tout dernier recensement mondial de l’agriculture mené par la FAO, c’est aussi une superficie supérieure à celle de la propriété foncière moyenne de tous les pays en développement, à l’exception de trois (Afrique du Sud, Argentine et Uruguay).
Qu’est-ce qui fait d’une acquisition de terres un accaparement de terres ?
Les acquisitions de terres deviennent des accaparements de terres lorsqu’elles :
• violent les droits humains, en particulier les droits égaux des femmes ;
• passent outre les principes de consentement libre, informé et préalable (CLIP) – au titre desquels les communautés concernées doivent être informées d’un projet et en mesure de l’approuver ou de le refuser ;
• ne se basent pas sur une évaluation approfondie des impacts sociaux, économiques et environnementaux, ou les ignorent, y compris les dimensions de genre ;
• se font sans contrats transparents censés contenir des engagements clairs et contraignants concernant l’emploi et le partage des avantages ;
• se déroulent sans planification démocratique, la surveillance indépendante et la participation véritable ». [3]
Pour les institutions onusiennes (FAO et Banque mondiale en tête), on désigne par « accaparement de terres » les terrains cédés dont la superficie s’étend sur au moins 1 000 hectares, c’est-à-dire 10 km2, ce qui représente l’autosuffisance alimentaire pour 500 familles. HRW conteste cette échelle de référence et la ramène à 200 hectares au lieu de 1 000. [4]

Cette terminologie est réfutée par les entreprises sur l’argument que ceux qui cèdent la terre l’acceptent – les Etats ou les agriculteurs – et donc que les entreprises sont en conformité avec la loi. Elles justifient le terme d’ « investissements » fonciers. Les OIG utilisent plus volontiers l’expression d’ « acquisitions de terres ». Mais la question du droit concernant le contrôle de cette terre se pose : dans les pays africains, les agriculteurs se sont installés sur les terres agricoles avant la naissance des Etats. Ceux-ci ne leur reconnaissent pas obligatoirement la propriété du sol.
Il en est de même dans les pays d’Europe de l’est où la collectivisation a déstabilisé la paysannerie. Il n’existe pas d’organisations fortes capables de défendre ces agriculteurs face aux firmes qui investissent dans ces pays.
L’ « accaparement » (ou « Land grabbing  ») est un débat à amener avec les élèves dans la mesure où la question de ce droit d’accès à la terre se pose et qu’il s’agit d’un enjeu de réflexion citoyenne. Le débat est d’autant plus justifié que le processus met en jeu des équilibres désormais fragilisés. L’agriculture familiale demeure le garant de la sécurité alimentaire. Elle emploie près de 40% des actifs dans le monde et fournit près de 70% de l’alimentation des populations.

L’article de Florence Brondeau, « Les investisseurs étrangers à l’assaut des terres agricoles africaines. » [5], est accompagné d’une cartographie qui permet de spatialiser le phénomène. « [La carte] n’a pas vocation à représenter de façon exhaustive des flux liés aux IDE : les données disponibles étant très incomplètes et les accords négociés ou envisagés se révélant innombrables et parfois rapidement caducs. Cette carte permet toutefois de visualiser la place de l’Afrique dans cet imbroglio de flux et de transactions. » [6]

Si la cartographie offre une visualisation des principaux espaces émetteurs et récepteurs des « investissements », l’état des transactions, elle ne permet pas d’identifier, par sa seule légende, les types d’acteurs engagés dans le processus, ni les surfaces concernées par les accords. Or, la visualisation des surfaces ainsi que des objectifs de production permettent en partie de justifier l’expression d’ « accaparement » : les objectifs sont principalement les cultures industrielles et les débouchés les marchés des pays riches.

la visualisation ci-dessous offre quelques clés :

Certaines cartographies, telles les productions d’Agnès Stienne, nous offrent la possibilité de mieux appréhender ces phénomènes avec les élèves.

Agnès Stienne est cartographe, graphiste et artiste. Elle travaille en particulier sur les questions agricoles [7] .
Les cartes, réalisées à l’aquarelle, portent le regard engagé sur des éléments centraux de la compréhension : les principaux acteurs de ces investissements, les surfaces objets des transactions, les objectifs de productions ainsi que les conséquences sociales et environnementales. Ces deux derniers points permettent de mieux introduire la problématique du troisième axe de la séquence et la notion d’agriculture durable.
Une première série d’infographies et de cartographies permet de distinguer la place des pays européens dans cet accaparement des terres agricoles [8] :

Agnès Stienne réalise en 2013 une cartographie qui centre sur la place de la France dans ce processus. On pourra en parallèle, sur ces investissements français, consulter le numéro d’AVSF (Agronomes et vétérinaires sans frontières) de janvier 2014 qui offre, en annexe, un tableau de données intéressant sur les entreprises françaises concernées [9]

Cette carte sur les investissements des firmes étasuniennes ajoute l’objectif des productions et distingue les types d’acteurs privés :

Mais la course aux terres agricoles n’est pas du seul apanage des anciens pays riches – États-Unis, pays de l’UE pour ne citer qu’eux. Elle caractérise également la politique de pays qui s’affirment sur la scène internationale, que l’on qualifie généralement (trop ?) d’émergents. Les deux productions ci-dessous, datées elles aussi de 2014 permettent de rendre compte de l’emprise des firmes chinoises et indiennes. Elles sont, tout comme la carte concernant les firmes américaines, visibles en grand format sur le site de visionscarto [10].

Sur ces trois dernières cartes, le titre donné par l’auteure change. Le terme « terres accaparées », figurant sur la production concernant les firmes françaises, devient « appropriations  ». Les deux formulations restent dans le même registre, celui d’un constat dénonciateur. A. Stienne a choisi de reprendre le vocabulaire d’ « appropriation », utilisé en premier lieu par Michel Merlet (aGter). Ce terme, souligne-t-elle, illustre l’idée que « les investisseurs se font les propriétaires de terres considérées comme des « biens communs » par les communautés rurales. Ce sont ces communautés qui devraient en priorité y avoir accès »

Le changement d’échelle permet d’entrer dans la mise en œuvre d’une étude de cas possible, offrant une alternative aux choix du Brésil, de l’Inde, de la Chine ou du Mexique proposés par Eduscol. Agnès Stienne a travaillé sur l’Ethiopie, pays qui ne présente pas, sur le plan du développement du secteur agricole, le même profil que les pays émergents, mais où les trois axes d’étude peuvent être abordés. Les deux productions ci-dessous - Utilisations des terres, accaparement du sol - Esquisses : Agnès Stienne, 2013 - sont tirées de « Visions cartographiques – les blogs du Diplo » [11] . Elles illustrent un article qui peut offrir une base de travail avec élèves (travail pouvant être mené à la maison ou en groupes selon le temps disponible). Il nécessite cependant des coupes, si l’on veut l’exploiter en classe. Ces coupes sont difficiles à opérer en raison de la richesse du propos, de l’imbrication de phénomènes complexes à aborder en seconde. Nous avons tenté cependant de réduire ce texte pour qu’il soit pour nous utilisable (voir pièce jointe) et qu’il puisse offrir, avec la carte à l’échelle de l’Éthiopie, une proposition de travail sur trois documents (4 possibles avec l’exploitation de la visualisation des « 1000 hectares »).
Un deuxième extrait d’article, de l’IRIN, est ajouté. Il permet de mettre en évidence les objectifs de l’État éthiopien (en tout cas les objectifs avoués), tout en livrant des informations sur les conséquences sociales pour les populations touchées par les accaparements. Cet article, tout comme celui d’Agnès Stienne a été volontairement coupé dans la version donnée en pièce jointe, dans ce même objectif d’une exploitation avec les élèves.

L’exemple de l’Éthiopie permet de bousculer les représentations des élèves sur un pays où les repères se limitent souvent à l’aridité, aux situations de crise alimentaire. L’étude permet de rendre compte de capacités productives qui peuvent répondre aux besoins. Elle pointe aussi, par la mise en évidence des choix politiques au bénéfice des investisseurs étrangers, sur la difficulté à mettre en place une agriculture durable.

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Pièce jointe - Textes et pistes de travail

Jean-Christophe Fichet - Clio-carto

Par Jean-Christophe Fichet

[3www.oxfam.org Rapport publié par Oxfam Grande-Bretagne pour Oxfam International sous le numéro ISBN 978-1-78077-181-6 en octobre 2012. Oxfam GB, Oxfam House, John Smith Drive, Cowley, Oxford, OX4 2JY, Royaume-Uni.

[5Florence Brondeau, « Les investisseurs étrangers à l’assaut des terres agricoles africaines. », EchoGéo [En ligne], 14 | 2010, mis en ligne le 16 décembre 2010, URL : http://echogeo.revues.org/12008 ; DOI : 10.4000/echogeo.12008

[7Voir notamment : http://blog.mondediplo.net/2012-06-21-Quand-l-industrie-de-la-viande-devore-la-planete L’article permet de cerner d’autres enjeux, liés aux axes de la séquence de cours en seconde.

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