L’Union européenne en 2016 : entre cohésion et dislocation
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L’Union européenne en 2016 : entre cohésion et dislocation

Réfléchir, concevoir et élaborer une carte

Vincent Lahondère
vendredi 29 juillet 2016

Comment à partir d’un évènement largement médiatisé, le Brexit, peut-on construire une carte thématique qui en révèle les aspects synchroniques et diachroniques ?

Stupeur dans les salles de rédaction, en ce vendredi 24 juin 2016, le Royaume-Uni est sorti de l’Union : près de 52 % des Britanniques ont voté leave (quitter l’UE) lors du référendum organisé par le Premier ministre David Cameron.
Pour la première fois, un membre de l’Union Européenne la quitte. C’est un choc en France et ailleurs mais est-ce réellement une surprise ? Pour répondre à cette question, j’ai cherché à élaborer un croquis permettant de comprendre les origines du Brexit, et plus généralement les facteurs de cohésion et de dislocation de l’Union Européenne en 2016.

Comment réaliser une carte thématique ?

La réalisation d’une carte passe au moins 2 phases distinctes :

Une phase de documentation et de réflexion

Au-delà des ouvrages très nombreux sur l’Union Européenne qui ont nourri ma réflexion, plusieurs articles et dossiers ont plus particulièrement attiré mon attention (voir bibliographie en fin d’article).
A travers ces écrits différentes hypothèses expliquant le Brexit sont évoquées : certains mettent en évidence le mécontentement du peuple anglais et aussi le divorce géographique et social entre les pro et les anti-Brexit. Un divorce géographique parce que le Grand Londres a voté pour le maintien dans l’Union Européenne à 60 ou 70 % suivi des villes centres des métropoles anglaises (sauf Birmingham) comme Liverpool, Manchester, Leeds ou Newcastle ; en revanche les périphéries et « les campagnes » ont voté pour le Brexit. Un divorce social puisque les britanniques les plus âgés et/ou les plus modestes, ce que l’on pourrait appeler "les oubliés de la mondialisation" ont en majorité voté Leave ; en revanche, les plus jeunes et/ou les populations les plus aisées ont voté pour le maintien, les bénéficiaires de la mondialisation
La situation britannique semble refléter dans une certaine mesure la fracture entre les pro et les anti-européens dans les autres pays ; au-delà de la situation intérieure de chaque Etat de l’UE, l’hétérogénéité socio-économique ne serait-elle pas un facteur de dislocation de l’Union européenne (les pays dont le PIB est inférieur à la moyenne de l’UE en 2015, voir carte).

  • D’autres ouvrages évoquent le fait que les Britanniques n’ont jamais été des européens convaincus et que l’euroscepticisme est finalement une valeur largement répandue non seulement au Royaume-Uni mais aussi dans d’autres pays comme les Etats baltes, la Pologne ou la Grèce par exemple. A cet euroscepticisme, on peut ajouter le développement de mouvements nationalistes régionaux en Espagne, au Royaume-Uni, en Belgique ou en France qui pourrait constituer une menace de dissolution de ces Etats. Pour cela je vous invite à lire le remarquable article de Franck Tetart (1).
  • Finalement deux autres facteurs de dislocation ont attiré mon attention : l’influence de la Russie qui a tout à gagner à voir l’Europe se déchirer afin de faire de la Russie, une Grande Russie c’est à dire la puissance majeure en Europe, selon le rêve de Vladimir Poutine. Enfin les flux migratoires en provenance de la Syrie et de l’Afrique subsaharienne ont-ils aussi ajouté des éléments de discorde à travers l’Europe.
  • A contrario, il m’a semblé que des facteurs de cohésion pouvaient contrebalancer les facteurs de dislocation : depuis plus de 50 ans la construction européenne a résisté à des phénomènes majeurs (la Guerre froide, les chocs pétroliers, l’émergence de nouvelles puissances économiques concurrentes...) ; elle a intégré de nouveaux Etats notamment de l’ex-bloc soviétique... Elle a créé l’espace Schengen, développé ses relations avec les pays limitrophes à l’Europe (Politique européenne de voisinage)...
  • Au cours de cette première phase, il a fallu problématiser et faire des choix : rechercher une problématique capable d’expliquer le Brexit, de montrer finalement que l’Union européenne oscille aujourd’hui entre cohésion et dislocation vers un avenir incertain... Faire des choix : on ne peut pas tout dire sinon on risque de perdre ce qui fait la qualité d’une carte, sa lisibilité. Il faut donc parfois sacrifier certains facteurs. Par exemple j’ai choisi de ne pas inclure 2 facteurs de dislocation, l’OTAN et la technocratie largement reprise dans de nombreux articles et ouvrages. L’OTAN d’abord : appartenir à l’OTAN donc sous autorité américaine est un frein à la construction d’une armée européenne capable seule d’appliquer les décisions de l’UE ; d’un autre côté on peut inverser la réflexion et voir en l’OTAN un encouragement à la cohésion puisque plusieurs armées des Etats de l’Union participent à des opérations militaires. Quant à la technocratie, elle alimente l’euroscepticisme....

Une phase de construction

On entre ici pleinement dans le travail du cartographe. Quelle projection utiliser ? Quelle nomenclature ? Quels noms doit-on sacrifier ? Quels sont ceux qui au contraire doivent être mis en valeur ? Qu’est ce que je veux cartographier ? Quels signes, symboles et figurés doit-on employer ? Finalement comment réaliser une carte qui réponde à la problématique et qui soit lisible rapidement ? Comment lier l’information et le visuel sans que l’un ne l’emporte sur l’autre ? C’est une exercice difficile et qui demande du temps et notamment une maturation de la réflexion.

Dans son ouvrage, L’univers des cartes", Jean-Paul Bord ajoute une troisième phase, la phase de l’interprétation et de la communication. C’est ce que j’ai en partie abordé à travers cet article.

Bibliographie sommaire

  • Bord Jean-Paul, L’univers des cartes. La carte et le cartographe, Belin, Paris, 2012
  • Chopin Thierry et Michel Foucher, Rapport Schuman sur l’Europe, l’État de l’Union en 2015, Lignes de Repères, 2015, 272 p
  • Foucher Michel, "L’Europe et l’avenir du monde", Ed. Odile Jacob, 2009
  • - Perrotin Claude, L’Union Européenne : Faits et chiffres, Archipoche, 2014, 160 p. 
  • Reynié Dominique, L’opinion européenne en 2013, Lignes de repères, 2013, 167 p. 
  • Zarka Jean-Claude, L’Union européenne 2014-2015 : Les points clés sur la construction et le fonctionnement actuel de l’Union européenne (Institutions et Politiques), 2014, 50 p.
  • Fondation Robert Schuman, Rapport Schuman sur l’Europe, l’État de l’Union en 2012, Lignes de repères, 2012, 248 p.

Sitographie :

Pour une meilleure qualité, cartes téléchargeables ci-dessous :

La carte avec sa légende en PDF, fllash et fond de carte est disponible ci-dessous.

Par Vincent Lahondère

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